samedi 16 janvier 2010

Rencontres de communautés d’agriculteurs (29-30 Octobre, 7-8-11-12 Novembre)

Les agriculteurs n’ont ni accès à la terre ni le contrôle de la production. Le système judiciaire philippin est corrompu et les propriétaires terriens se placent au-dessus des lois.

Une réforme agraire a été officiellement mise en place, dans le but de redistribuer les terres des grands propriétaires aux petits paysans. Mais dans les faits, cette loi est loin d’honorer ses promesses. D’immenses hectares de terre restent dans les mains de quelques riches familles. De nombreux bénéficiaires de la réforme agraire n’ont jamais gagné - ou ont même perdu à jamais - le contrôle sur les terres qui leur étaient destinées, à cause du système de la dépendance et de l’exploitation féodales, mais aussi du manque de volonté politique.

Un développement n’y est possible que si le système féodal (économique et social) maintenu par les propriétaires terriens cesse.

On commence nos visites des communautés d’agriculteurs par le campement de Bago, où d’ex-Sakada (travailleurs de la canne à sucre) ont pris possession de façon « illégale » des terres appartenant au grand propriétaire pour lequel ils travaillaient. Ils sont là avec femmes et enfants, depuis presque 1 an. Ces terres sont couvertes par la réforme agraire et auraient donc du leur être redistribuée. Ils ont gagné ces portions de terre en luttant à 200 contre les gardes de sécurité armés du landowner, qui, surpris par le nombre, n’ont su comment réagir. Depuis lors, ils se sont installés sur le site, en développant au fil des mois un réel petit village. Ils maintiennent la sécurité jour et nuit grâce à 24 watchers (gardes) pour éviter de perdre ce qu’ils ont gagné avec difficulté. D’abris en bâches de plastique, ils sont passés progressivement à des maisons « en dur » (bambou). Lors de nos 2 nuits sur place, ils renforceront les mesures de sécurité en augmentant le nombre de gardes. L’électricité vient d’être installée, depuis le village le plus proche, et deux forages ont été réalisés, de façon à leur donner plus d’autonomie. Ils continuent petit à petit de transformer les champs de canne à sucre en rizières, de façon à pouvoir y produire leur aliment de base, en quantité à peine suffisant pour nourrir le campement. On participera un peu à leurs activités du moment dans les champs, qui consiste à renforcer les petits murets de boue des rizières. Les pieds dans la boue, évidemment. Quelle sensation….






On nous fait goûter les petites bananes fries dans du sucre. Huuummm...
Les constructions de maison en bambou continuent...


Un carabao, qui sert au travail dans les champs





Des coupeurs de cannes à sucre en action


Santé, Samuel! Et bon anniversaire!... On boit un verre en son honneur,
et on se fait un petit karaoké dont les Philippins sont tellement
fans, en plein milieu de nul part. Marrant...
Départ à l'aube...


On rencontrera quelques jours plus tard une deuxième communauté soutenue par PDG, qui eux ont pu récupérer une partie des terres redistribuées et les cultivent de façon biologique. Ils travaillent chacun leur parcelle, mais ont également une ferme communautaire dans laquelle tous les membres de l’association travaillent au profit de la communauté.



La troisième association que l’on visitera se bat pour que 11 de ses membres récupèrent leurs terres. Ceux-ci avaient acquis un titre de propriété grâce à la réforme agraire, mais ce sont endettés auprès de l’ancien propriétaire terrien avec comme garantie leur titre de propriété. Cet exemple n’est pas rare. Le cycle de dépendance auprès des grands propriétaires est encore loin d’être rompu.

Le lendemain, on rencontrera une quatrième association qui lutte pour récupérer des terres, qu’on pensait depuis toujours appartenir à un grand propriétaire terrien, mais qui, après enquête, se sont révélées publiques. Cet exemple est également loin d’être isolé. Beaucoup de grands propriétaires s’approprient illégalement des terres publiques. Comme si leurs milliers d’hectares n’étaient pas suffisants… Cette communauté est également confrontée à d’autres problèmes, comme celui de l’irrigation des rizières (ils ne font qu’une récolte par an au lieu de deux car ils dépendent uniquement de la saison des pluies) et du manque de moyen pour cultiver les terres de façon plus efficace. Ils ne possèdent pas assez de carabao (ces espèces de grosses vaches noires aux longues cornes) pour travailler les terres, et sont obligés de faire tout à la main. Pour compléter leur revenu, bien sûr insuffisant, ils sont obligés d’aller travailler dans les champs de canne à sucre pour 80 Pesos par jour (à peine un peu plus d’un Euro). Mais le travail manque, et ils ne peuvent donc y travailler qu’en moyenne 3 jour par semaine.

Sophie goûte une patate douce aussi mauve que sa chemise....
Le repas de midi. Ca, s'est du frais!...


La dernière association d’agriculteurs que l’on rencontre est essentiellement confrontée aux problèmes causés par les mines. Dans leur cas, il s’agit d’une mine d’extraction d’or étrangère, qui possède plus de 2000 hectares. Ils se sont faits éjectés de leurs terres, et n’ont reçu que quelques bananes en compensation… Ils doivent également faire face à la pollution de leurs rivières, qui causent notamment la mort des poissons, la contamination des eaux potables, mais aussi des ennuis de santé (maladie de la peau).

Grâce à leur lutte, ils ont réussi à faire fermer cette usine… qui est allée se réimplanter un peu plus loin pour faire d’autres explorations…

Il faut s’avoir qu’en 94, le gouvernement à libéralisé le secteur minier et favoriser les investissements étrangers. Peu de lois restreignent les activités minières, car ils ont le droit d’expropriation, l’usage exclusif des sources et rivières sur leurs concessions, ainsi que des forêts. Ils sont donc en réalité au-dessus de toutes les autres lois. Les sociétés minières sont détenues en majorité par des étrangers, et ne font que de l’extraction : les matières premières sont envoyées directement à l’étranger, sans être processées ici.

L’île de Negros a été déclarée zone minière explorable sur 30% de son territoire (et même 90% dans les provinces du sud). Avant l’arrivée de cette grosse société minière, les habitants de la communauté pouvaient travailler dans les mines. Il s’agissait de mines à petite échelle. L’arrivée de cette société à grande échelle a provoqué la fermeture des autres. Et l’importation d’une main d’œuvre qualifiée pour y travailler. Les habitants des communautés locales n’y trouvent donc plus aucun intérêt. Que du contraire…


La ferme de PDG, dans laquelle on passera une nuit après plusieurs
heures de marche dans le noir et sous la pluie...


Montée de plusieurs heures pour aller voir une autre communauté,
ainsi que les dégâts causés par les sites miniers tout proche.





Petit-déj au maïs grillé, après les plusieurs heures de marche l'estomac vide...









Fin de la "ballade" en moto pour les plus fatigués. A 4 dessus plus les
sacs à dos des autres, ils n'ont pas peur de la charger... ni des accidents...

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