mercredi 31 mars 2010

Thanjavur (Tanjore) (06/12-07/12)

Ancienne capitale de la dynastie Chola à l'époque de son apogée entre le 10ème et le 14ème siècle, Thanjavur est maintenant … une ville indienne peuplée de 220 000 habitants, chaotique, désordonnée et moderne. Mais la présence des nombreux temples de la région témoignent encore de l'influence passée des rois Chola.

On commence par la visite du palais de Maratha. Cette immense bâtisse aux longs couloirs et aux larges pièces a été construite en pleine ville par les Nayak vers 1550 et en partie par les Marathes. Il abrite aujourd'hui le musée royal, une galerie d'art et une bibliothèque. Le musée montre différents objets datant du début du 19ème siècle, comme des coiffes, des armes de chasse, des vêtements... La galerie abrite une vaste collection de statues de bronze et de granit datant de l'époque Chola. En montant dans la Tour de l'Horloge, restaurée depuis peu, on a une vue splendide sur la ville et ses environs.





Shiva

Ganesh, le dieu éléphant

















A l’heure où le soleil commence sa descente dans le ciel, on se dirige alors vers le Temple de Brihadishwara. Construit au 10ème siècle, ce monument a été classé au patrimoine mondial de l'humanité tant pour son architecture que pour sa splendeur. Le temple est dominé par une gigantesque tour (vimana) de 63 mètres de haut surmontée d'une énorme coupole de granit.
À l'entrée du temple se trouve une grande statue monolithique de Nandi (le taureau sacré de Shiva) haute de 3 m et longue de 6 m. L'accès au temple est permis à tous mais seuls les hindous peuvent pénétrer dans le saint des saints.


En cette fin de journée, les blocs de pierre capturent une palette de tons rouge, orange, jaune et rose. Superbe !





Ici encore plus qu’ailleurs, la tradition hindoue semble immuable. Ni le temps, ni les influences étrangères n’ont modifié le cours de choses. Depuis plus de dix siècles, les croyants s’y rendent pour adorer les mêmes dieux, de la même façon. Cette persistance nous impressionne et nous fascine.













Trichy (Tiruchirappalli) (05/12-06/12)

Au vu de notre première nuit passée dans le vacarme incessant de Trichy, notre objectif est de visiter rapidement les deux principales attractions touristiques de la ville avant de mettre le cap pour Thanjavur pour y passer la nuit.

On commence donc par le Rock Fort Temple, perché à 83 m sur un rocher et regardant vers Trichy d’un air arrogant. Le rocher a tout d’abord été exploité par la dynastie des Pallavas, qui sculptaient dedans des petits temples, avant que les Nayaks ne face un usage plus stratégique de cet endroit naturellement fortifé. 437 marches gravées dans la roche permettent d’accéder à un premier temple à mi-hauteur, puis à un second, d’où la vue sur toute l’étendue de la ville est splendide.












Vue sur le Temple Sri Ranganathaswamy et ses gopuram (tours ornées, à l'entrée des temples dans le Sud de l'Inde) qui dépassent au loin. Et non, ce n'est pas un temple Maya...








Le traditionnel éléphant que l'on trouve souvent à l'entrée des temples, bénissant d'un coup de trompe les croyants qui lui offre une petite pièce (qu'il aspire avec sa trompe et donne ensuite à son cornac...)




Trois kilomètres plus loin se trouve un des plus grands temples en Inde : le Temple Sri Ranganathaswamy, qui ressemble en réalité plus à une petite ville murée qu’à une maison de culte. Pour rentrer dans le sanctuaire, il faut passer sous sept gopuram, dont le plus haut fait 73m, et traverser des groupes de mendiants, marchants et Brahmanes (la classe la plus haute, qui a seule le droit à la prêtrise), des petites « chapelles » de devas (anges) et déités moins importantes avant d’arriver à la chambre intérieure, dédiée à Vishnu.

On est vraiment impressionné par toute l’agitation qui règne dans le temple. Tout le monde passe rapidement d’un endroit à l’autre se faire bénir par chaque Brahmine gardien d’une déité, dans un ordre et un sens qu’on ne comprend pas toujours, et à une vitesse incroyable, tournant autour de colonnes, faisant la file pour rentrer quelques secondes dans une petite pièce, etc. Tout le monde à l’air de savoir précisément où il va, sans s’arrêter et avec beaucoup d’empressement... sauf nous, qui sommes complètement perdus, et fasciné par ce désordre ordonné. On en a la tête qui tourne… On serait restés là des heures à observer, si la faim et la fatigue ne s’étaient finalement pas faites sentir. On se met donc en route avant de s’arrêter de nouveau pour assister à l’entrée d’un mariage dans le temple. Les femmes sont magnifiquement vêtues, et portent des impressionnants plateaux d’offrandes. Un orchestre joue un air entrainant. Les invités commencent à nous parler, intrigués par notre présence dans le temple. Après nous avoir pris en photos sous toutes les coutures en posant avec nous (bon, ça, on commence à s’y habituer…), ils nous proposent de revenir le lendemain, pour assister à la cérémonie et à la grande fête du mariage. Ce qui nous tente évidement beaucoup, mais qu’on ne fera finalement pas, toujours pour ces bêtes raisons de manque de temps… Aaahhh, mais qu’est-ce que l’on râte !



Morts de faim et de fatigue, on décide raisonnablement de passer la nuit dans cette partie de la ville, a priori plus calme (et a posteriori pas tellement, car la plupart des invités du mariage dormaient également dans cet hôtel…), avant de continuer notre route pour Thanjavur le lendemain. Avant de prendre le bus, on retourne rapidement au temple, l’admirer à la lumière de jour.











De la bouse de vache en train d'être sechée sur la muraille entourant le temple, servant ensuite de combustible

Les fleurs font partie intégrante de l’Inde. Les femmes en achètent pour se mettre dans les cheveux, notamment les œillets d’Inde blancs, qui dégagent une odeur très forte. Un vrai plaisir !!

On offre également et surtout les fleurs aux dieux. Les croyants donnent les fleurs au prêtre (le Brahman) qui se charge de les disposer sur le dieu, qui est donc généralement très coloré, entre les fleurs, la peinture, les noix de coco, les bananes et autres offrandes.

Les fleurs constituent donc un énorme business. Des marchés entiers leurs sont consacrés...






AREDS (04/12)

De Pondichéry, on prend le bus pour Trichy, où l’on passe la nuit avant de prendre un autre bus vers Karur dans le but de rencontrer Samy et Cristina, fondateurs d’AREDS et SWATE, deux associations partenaires visant l’amélioration des conditions de vie des Dalits (caste la plus basse en Inde ; nom que ce sont donné ceux ultérieurement appelé les intouchables), et plus précisément celles des femmes en ce qui concerne SWATE.

AREDS, en français Association d’Education rurale et Service de Développement, est une organisation non gouvernementale à but non lucrative fondée en 1980. Elle est implantée depuis lors dans une zone reculée où plus de 90% des habitants sont Dalits, une communauté exclue de la société depuis des siècles. (www.aredsindia.org)

SWATE (Society of Women in Action for Total Empowerment) est un movement de plus de 10 000 femmes vivant en milieu rural dans le district de Karur visant la libération et le développement des femmes en organisant des activités d’épargne et de crédits, en aidant les femmes à s’organiser localement et en les fédérant sous SWATE, en renforçant les femmes socialement, politiquement et économiquement en mettant en places de actions de justice pour l’équité des genres et de lutte contre la pauvreté et les violences faites aux femmes. (www.aredsindia.org/swate.htm)

On discute d’abord avec Samy qui doit partir quelques heures plus tard dans le Kerala. Puis un des membres de l’association nous fait visiter les alentours, dévastés par l’excavation massive de sable aux abords de la rivière, pour les travaux de réhabilitation de la route principale qui se trouve un peu plus loin. Bien sûr, ces pratiques sont interdites. Mais cela n’empêche par les entreprises peu scrupuleuses de la faire. Du coup, les trous d’excavation se remplissent d’eau, et le lit de la rivière diminue très rapidement, ce qui pose des problèmes pour les activités de pêches.

Les terres cultivables exploitées aux alentours, autrefois détenues par la minorité Brahmane (faisant partie des classes supérieures en Inde) et travaillées par les Dalits (les intouchables)


Les dégats occasionnés par l'exploitation massive du sable aux alentours de la rivière







Des pêcheurs s'installant dans leur embarquation de fortune

Le lendemain, Cristina nous fait visiter leur centre de formation, leurs activités de micro-crédits destinés à créer des activités génératrices de revenus pour les femmes, l’atelier de couture (dont une partie de la production est envoyée en Belgique, dans les Magasins du Monde d’Oxfam !) et l’école technique, en plein travaux. Quel dynamisme ! On est vraiment impressionnés par tant de dévouement et d’implication auprès de ceux qui sont marginalisés.

Le centre de formation



En Inde, ce sont bien souvent les femmes qui sont chargées des petits travaux de construction



Aux alentours du centre de formation...







Les bureaux de micro-crédits

L'atelier de confection

Le repas de midi dans les locaux d'AREDS, avant notre départ

On reprend la route pour Trichy dans l’après-midi, à regret car on aurait bien voulu vivre d’encore plus près leurs activités. Mais malheureusement, on doit se tenir à notre planning si l’on veut avoir le temps de tout faire…