mercredi 20 janvier 2010

Visite aux communautés de pêcheurs (5-8-9-10 Novembre)

Du côté des pêcheurs, la vie n’est pas beaucoup plus rose que chez les agriculteurs. La menace principale qui pèse sur ces populations des zones côtières est d’être exproprié en raison de projets de constructions touristiques. Les pêcheurs qui ont le malheur de vivre sur des plages paradisiaques, proches des poissons, sont en effet chassés au profit de beach resorts offrant aux touristes tout ce qu’ils sont venus chercher : du sable fin, des eaux turquoises et des spots de plongée incroyables. Mais les Philippines n’ont de paradisiaques que leurs cartes postales. Peu de vacanciers connaissent la réalité qui se cache derrière ces décors de rêve…

Notre première rencontre avec les communautés de pêcheurs nous emmène sur une péninsule, où les habitants exercent, depuis toujours, à la fois des activités de pêche et d’agriculture. On est accueilli comme des rois, avec un grand repas composé de plats préparés par chacune de famille : coquillages, huitres, poissons, poulet, légumes, kamote (patate douce)… et du riz, bien sûr. Un délice !

On participe à leur activité du moment : récolter le riz, avant de le faire sécher. Les terres appartiennent à un grand landowner. Jusqu’à il y a peu, ils vivaient en paix avec le propriétaire, cultivant ses terres et lui donnant ¼ de leur récolte. Mais il y a quelques temps, sa propriété a été rachetée par quelqu’un dont l’ambition est de construire un énorme complexe le long de la plage. Il tente depuis lors d’en expulser les habitants par tous les moyens : menaces par les armes, destructions des cultures, etc. Un hôtel a déjà été construit sur la plage, mais il voudrait en plus bâtir un casino… à l’endroit même où habite la communauté depuis toujours…

















Des maisons construites à côté des mangroves.
Quand l'eau monte, elle arrive juste sous le plancher...

Culture d'huitres





Bateau de pêche qu'ils utilisent la nuit


Mais comme si ce n’était pas déjà suffisant, d’autres obstacles les empêchent de subvenir à leurs besoins comme auparavant. Des produits chimiques polluent les rivières et rendent l’ostréiculture très difficile. Il en est de même pour les poissons, qui se font de plus en plus rares. On en aura la preuve à la tombée du jour, lorsqu’ils nous emmènent pêcher sur une petite île proche du rivage. Au total, quelques petits poissons à peine. Certainement pas de quoi nourrir toute une communauté. Au plus, une ou deux familles…











































La cuisine...


La deuxième communauté que l’on rencontre est confrontée aux mêmes difficultés. Tout d’abord un landowner qui s’approprie des terres publiques (en réalité, il s’agit de terres formées le long de la mer au cours des années à cause des dépôts charriés par la rivière, et relevant donc du domaine public, puisque la mer est publique). Que représentent 3 hectares, quand on en possède déjà des centaines ? Et pour toute une communauté qui n’a pas de terre pour produire de quoi manger chaque jour ?… Et pourtant, malgré le fait qu’il ne remplisse pas les conditions pour acquérir une nouvelle terre, le grand propriétaire terrien a pu obtenir un certificat de propriété. Alors qu’elle aurait du revenir à la communauté. Décidément, y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond, ici, aux Philippines… Grâce à l’appui de PDG, l’association de pécheurs-agriculteurs est en train de commander une enquête permettant de faire valoir leurs droits. Mais qui l’emportera ? Quand on n’a rien, on n’est rien, dans ce pays…

Ensuite, des poissons qui se font rares à cause des pêches industriels réalisées par de grosses compagnies étrangères. Après 2h en mer, on reviendra bredouille… Pas de poisson ce soir. Il faudra se contenter de riz blanc. Mais pour nous, ils sortent quand même quelques crevettes de leur petit étang. Et dire qu’à quelques kilomètres plus loin, à une distance inaccessible pour de petits bateaux, des gros chalutiers remplissent leurs filets de tous les trésors que la mer recèle…









1ère étape: on largue le filet en faisant un cercle

On effraye ensuite les poissons en frappant dans l'eau énergiquement

Puis on retire le filet...vide (à part quelques méduses)











A peine arrivé dans la troisième communauté visitée, on pourrait déjà presque deviner leurs difficultés: trop peu de poissons pour se nourrir, tentative d’expulsion pour la construction d’un complexe hôtelier… Petite nouveauté quand même : la création d’une zone maritime protégée le long de la côte, dans laquelle il est interdit de pêcher. Tiens, ce ne serait pas lié aux gros hôtels tout près, qui se sont lancés dans la plongée sous-marine... Comme cela tout le monde est content : des jolis poissons à montrer aux touristes, et la possibilité pour les grosses compagnies faisant de la pêche en haute mer de continuer à remplir leurs filets. Tout le monde ?… Boh, il reste juste quelques milliers de philippins qui n’ont plus de quoi se nourrir, mais bon, ça, de toute façon, estomac vide ou plein, ça rapporte pas…

La seule maison en dur du village, construite grâce à l'argent envoyé
par un des fils qui travaille à l'étranger. Le décallage est immense avec les
autres maisons aux alentours. Evidemment, c'est là qu'on nous fera dormir...




















L'eau est tellement transparente que l'on peut voir les coraux au fond...


En route en bateau pour une autre communauté toute proche, confrontée aux mêmes difficultés

Construction du toit d'une nouvelle maison traditionelle, en feuilles de coco






Un bateau d'un hôtel tout proche, amaré pour laisser ses passagers
faire une petite plongée dans la réserve marine interdite aux pêcheurs

De jeunes pêcheurs partant en mer à la tombée du jour, avec de lampes à
pétrole artisanales... et leurs bouteilles de rhum...


Samuel et Dino, un des fils de la communauté, revenant d'une
petite découverte des fonds sous-marins avec des lunettes de piscine...

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