mardi 9 février 2010

Voyage jusque Cebu et vol pour Hong Kong (23-24 Novembre)

A peine rentrés de la Medical Mission, on fait nos bagages après un petit debriefing de notre expérience en tant qu’ « Exposuristes ». Beaucoup de choses à dire, évidemment. 4 semaines fatigantes, épuisantes, harassantes… mais ô combien enrichissante ! On n’aurait pas pu en apprendre plus sur la réalité des Philippines en si peu de temps ! Plongé au cœur même de la vie quotidienne des Filipinos, on a partagé leurs difficultés, leurs joies, leurs peines. Et tout ce qu’on a vu, tout ce qu’on a entendu, nous a révoltés. Comme est-ce possible ? Et comment se fait-il qu’on ne soit pas au courant d’une telle situation chez nous, en Europe ?

Et ce 23 Novembre 2009, lors de notre dernier jour aux Philippines, on apprend l’horreur : le massacre de Maguindanao, une des provinces de l’île de Mindanao, au sud de l’archipel, qui a fait 57 morts. Les victimes sont surtout des proches et des partisans d’un candidat au poste de gouverneur, Esmael Mangudadatu, en route pour enregistrer officiellement leur candidat sur les listes électorales. 18 journalistes et plusieurs députés figurent au nombre des morts. Le groupe avait été capturé par des miliciens soutenant l’actuel gouverneur,Andal Ampatuan, membre d’une famille influente du sud des Philippines. Son fils, Andal Ampatuan Jr., maire de la ville de Datu Unsay, est le principal suspect. La présidente des Philippines, Gloria Macapagal Arroyo, a promis de punir les responsables du massacre et le suspect a déjà été exclu de la coalition gouvernementale. La famille Ampatual fait cependant partie des alliés politiques de la présidente. Cette dernière est sous le feu des critiques : les opposants au pouvoir doutent que les responsables de ce massacre, décrit comme le pire cas de violence électorale jamais vu aux Philippines, soient un jour appréhendés.

Les violences politiques sont particulièrement courantes à Mindanao, une île ensanglantée depuis plusieurs décennies par l'insurrection de groupes armés musulmans réclamant leur indépendance. Quatre mille hommes armés travaillent pour les Ampatuan, comme c’est le cas pour les autres clans puissants des Philippines. C’est, évidemment, un élément de pouvoir. Comme partout ailleurs dans le pays, le gouvernement a renforcé les intérêts des Ampatuan en leur fournissant du matériel militaire et une couverture légale pour accréditer leurs activités. Recrutés parmi la population, sans aucune formation préalable, des individus sont armés jusqu’aux dents et organisés en commandos paramilitaires - officiellement en tant que groupes contre-révolutionnaires.

Cependant, le massacre de Maguindanao prouve brutalement que tout est malheureusement possible. C’est le climat d’impunité qui rend de tels incidents faisables. La frontière est très fine entre les assassinats, la torture, les déplacements de petits fermiers, les assassinats des activistes civils, le muselage des initiatives civiles et de la presse, d’un côté, et le massacre de Maguindanao de l’autre. Pour arrêter ceci, les responsables d’assassinats et de massacres doivent se retrouver au tribunal !

Negros aussi est dirigée par ces clans. Les familles de la présidente Arroyo et de Danding Cojuangco ont leur base ici. La politique locale est dans les mains des propriétaires terriens traditionnels. Un petit groupe de familles utilisent des mécanismes similaires de suppression de leurs rivaux que ceux utilisés à Maguindanao. L’entièreté du système politique – des maires communaux jusqu’au sénat et à la présidence – pave le chemin de la richesse personnelle démesurée au sein des services publics.

Les centres de pouvoir ne sont ni les partis politiques, ni le gouvernement, ni le parlement, ni la Court Suprême. Le vrai pouvoir est détenu virtuellement par des clans familiaux qui détiennent leurs richesses grâce au contrôle terrien. Contrôlant pratiquement tous les votes des régions qu’ils gouvernent, ils déterminent ainsi qui parmi eux dirige le pays. Aux Philippines, les programmes politiques ne signifient rien. Les partis traditionnels ne sont rien d’autre que des plateformes pour des alliances familiales informelles. De tels arrangements sont simples et effectifs. Les clans dirigeants ne laissent place à aucune faille. Une des leçons à retenir est que la personne qui ose interférer avec eux risque sa vie.

La neutralisation d’un clan rival par des assassinats stratégiques n’est pas étrangère à la politique aux Philippines, particulièrement à l’approche des élections. Le récent incident de Maguindanao est extraordinaire de par le nombre élevé de victimes – mais pas par l’acte lui-même. (tiré d’un texte de PDG déposé sur le site Internet d’Autre Terre faisant le point sur la situation aux Philippines fin 2009)

C’est donc sur la nouvelle de ce brutal massacre que l’on quitte les Philippines, par un matin pluvieux, pour nous rendre quelques jours à Hong Kong et poursuivre notre petit bonhomme de chemin…

Mais comment font-ils ?

- Pour dormir sur des planches de bambou (ou carrément sur le béton, quand tous les « lits » sont occupés) ? Rien n’y fait pour nous. C’est vraiment trop dur…

- Pour marcher avec des « slippers » (tongs en plastique) dans des chemins de montagne, surtout en montée après avoir traversé une rivière. Ils doivent avoir des pieds antidérapants. Pas possible autrement ! Et pourtant, on aura essayé… Mais on fini avec les mains… ou à pieds nus…

- Pour dormir avec autant de bruits, et pour ne pas exterminer les coqs qui hurlent toute la nuit

Des coqs...


des coqs...

et encore des coqs...

Nos ennemis jurés!


Ici, on les adore... pour les mesurer lors de combats dont ils sont tellement friands...


- Pour rigoler de tout, et à tout moment. Et malgré tout…

- Pour tenir à 15 sur un tricycle et à 40 dans un jeepney



- Pour travailler aussi dur dans les champs, malgré la chaleur étouffante

- Pour fumer autant, alors qu’ils n’ont déjà pas grand-chose pour manger

- Pour manger du riz 3 fois par jour. Et pour ne pas se sentir rassasiés s’ils ne mangent pas de riz, même si l’assiette est énorme.

-

Ils sont quand même extraordinaires, ces philippins !!...

Medical Mission (21-22 novembre)

Notre séjour aux Philippines, initialement prévu jusqu’au 21 novembre, est prolongé pour pouvoir participer à une mission médicale organisée par le CHD (Council for Health and Development), un de partenaire de PDG. La mission a lieu dans un petit village des régions montagneuses du centre de l’île, où vit une communauté également soutenue par PDG. En fait, la même communauté qui nous avait déjà accueillis la semaine dernière pour la Fact Finding Mission…

Cette mission médicale vise particulièrement les communautés isolées qui vivent aux alentours, et qui ne peuvent pas facilement bénéficier des services de soins de santé habituels en raison de leur éloignement. Le CHD a réussi à faire venir pour ces deux jours trois médecins de Manille, ainsi que deux dizaines d’étudiants en médecine, d’infirmières, de sages-femmes,… tous bénévoles. Et à convaincre Samuel de revêtir son costume de Doc Sam, au placard depuis quelques mois maintenant… Sophie quant à elle est affectée à la pharmacie et au reportage photo. Un groupe de femmes de la communauté avait déjà été formé durant plusieurs mois aux soins de base par le CHD. « Diplômées » depuis quelques jours, elles vont pouvoir maintenant réellement passer à l’action, encadrées par tous les professionnels médicaux présents.






La procédure est simple : les patients qui arrivent, après parfois plusieurs d’heures de marche, passent d’abord se faire enregistrer. Ils sont ensuite dirigés vers le « stand signes vitaux », où sont pris température, tension, poids, etc. Après quelques minutes (parfois un peu plus…) d’attente dans la « salle » prévue à cet effet, ils sont auscultés par un des 4 médecins aidés de leur traducteur (car Samuel n’est pas le seul à ne pas parler Ilongo : les manilliens ont aussi du mal à comprendre et se faire comprendre avec leur Tagalog…). La dernière étape est le passage à la pharmacie, où sont distribués les médicaments prescrits. Il est également important de bien expliquer aux patients quand et comment les prendre, ce qui n’est pas toujours simple.



Préparation du repas pour tous les bénévoles

Prises des signes vitaux

La première journée est chargée en consultations et se déroule parfaitement bien…jusqu’à l’arrivée d’une terrible pluie torrentielle qui perturbe fortement les activités. Les bâches qui nous protégeaient ne suffisent pas. Certains se dévouent pour aller les vider régulièrement et éviter ainsi qu’elles ne se déchargent sur nos têtes… On se rassemble tous sous les 5m² de toit en tôle. Plus possible de continuer comme ça… Les médicaments sont mis en lieu sûr, dans des sachets hermétiques. On fini par déménager, et reprendre les consultations dans une pièce d’une des maisons du village. Quel capharnaüm… Même plus de « salle d’examination » : on doit tenir une couverture pour « cacher » les patients des regards indiscrets des quelques trente autres personnes qui tiennent difficilement dans la pièce. Heureusement, les patients se font rapidement moins nombreux, avec cette pluie et la nuit qui tombe.












Dans la nouvelle "salle de consultations"...

On redéballe les médicaments






Après le repas du soir, le CHD organise un petit moment de partage, entre les bénévoles médicaux, la communauté d’accueil et les représentants des communautés aux alentours. Chacun exprime ses remerciements et sa joie de participer à une telle mission.

On se réparti ensuite dans les quelques maisons du village pour passer la nuit, quelque peu mouvementée par une menace d’accouchement à la bougie un peu plus bas dans le village. Mais finalement, à la plus grande tristesse de Samuel et des quelques 10 sages femmes et infirmières de l’équipe, tous contents à l’idée de participer à un accouchement, la sage femme prévue pour cet accouchement fini par arriver, et la pauvre future maman à remballer cette bande d’excités qui gesticulent autour d’elle…

Le lendemain, les patients sont un peu moins nombreux. Et cette fois, pas de pluie perturbatrice. A midi, on lève le camp et l’on s’entasse tous dans le bus loué pour l’occasion, direction Kabankalan pour nous, Bacolod pour tous les autres bénévoles. Chouette expérience ! Ca valait la peine d’avoir déplacé notre date de départ…



Encadrement d'une des membres de l'association fraichement diplomées par
une étudiante infirmière: ce qu'il faut expliquer au patient en lui donnant ses médicaments
Petite scéance d'acupuncture, très utilisée aux Philippines...
Comment prendre la tension