Si, aux Philippines, la situation est dramatique sur le plan économique, elle ne l’est pas moins en ce qui concerne les droits de l’homme. Avec près de 1.118 meurtres extra judiciaires et 204 kidnappings depuis la prise du pouvoir par le clan Macapagal-Arroyo en 2001, le régime de l’actuelle présidente peut se vanter d'avoir fait pire que l'ex-dictateur Ferdinand Marcos…
Des ONGs comme PDG ont un rôle important dans la formation des structures civiles et la défense de la participation démocratique du peuple. PDG, avec Karapatan (association de défense des droits de l’homme) et d’autres groupes, organisent notamment des missions de documentation, de collecte de données et d’informations sur la situation des populations rurales. C’est à une de ces « Fact Finding Mission » que l’on participera ces 13 et 14 novembre.
Concrètement, l’objectif de cette mission est de recueillir des témoignages dans le cadre de l’assassinat d’un membre d’une des associations soutenue par PDG, plus que probablement tué par les militaires qui occupent la région. Cette zone est en effet militarisée dans le but, officiellement, de faire face aux rebelles (New People Army) qui se cachent dans cette partie montagneuse de l’île. En réalité, dès qu’une communauté parvient à développer une structure forte et à s’organiser, prête à faire valoir ses droits, l’armé entre en scène. Les fermiers et les leaders des organisations civiques sont jetés en prison et parfois torturés. Les menaces de mort sont courantes. C’est pour cette raison que sur notre blog, nous n’indiquons pas le nom des communautés visitées et que nous ne ne diffusons pas de photos des membres de ces associations.
Une fois les témoignages et preuves recueillis, cette nouvelle exaction pourra être relayée à travers les médias, afin de la faire connaître, puisqu’il ne faut pas compter sur le système judiciaire philippin…
Pour des raisons de sécurité, PDG et ses partenaires se déplacent avec une large équipe composée de douzaines de participants. On se retrouve donc à plus de 70, à traverser rizières et forêts pour atteindre la zone reculée où vivait la victime. Membres d’associations de défense des droits de l’homme, ou simplement membre d’autres communautés partenaires de PDG, là pour faire masse. On interroge témoins et proches, afin de savoir exactement ce qu’il s’est passé. Des bois alentours, on se sait observé par les militaires qui se cachent. Pas très rassurant… Une fois les témoignages recueillis, on redescend les montagnes vers le village qui nous accueille pour passer la nuit, tous entassé dans les quelques maisons de la communauté. Le lendemain, d’autres potentiels témoins sont descendus pour continuer les entretiens. Ensuite, une présentation est faite devant le « People’s Hall » du village, afin de rendre publiques les conclusions de ces deux jours d’enquêtes. L’identité des coupables ne fait aucun doute, comme prévu. Mais les véritables preuves sont faibles. En tout cas trop faibles pour pouvoir faire quoi que ce soit face à la justice. Malgré les évidences…
Enquêtes devant la maison de la victime
Repas du soir pour tous les volontaires de la mission
Café cultivé ici...
Seché sur la route...
Et ensuite passé au moulin afin de casser les coques
PDG, ainsi que d’autres organisations, s’élèvent pour défendre la liberté civique et joindre leurs voix contre ce régime de terreur. Fin octobre, à l’appel de plusieurs organisations, une marche de protestation s’est tenue pour demander l’arrêt de l’exploitation minière à large échelle, le développement des services sociaux de base au bénéfice des populations et l’arrêt du harcèlement militaire. Cette mobilisation des 20 et 21 octobre 2009 a été une démonstration impressionnante du pouvoir potentiel de la population rurale. Au cours de la longue marche sous la pluie, la population a crié ses droits à l’accès à la terre, à la nourriture, au travail et à la justice, et ce avec beaucoup de confiance en elle. Deux colonnes de plus de 1.500 travailleurs ruraux ont émergé à Kabankalan dans la soirée du 20 octobre. Ils ont partagé avec le public leurs expériences d’interventions militaires ou de disparition de leaders, ou encore les succès de leurs communautés lors d’occupations de terres.
Cependant, dès le 20 octobre, toute la ville de Kabankalan était couverte d’affiches de propagande présentant les groupes organisateurs de la manifestation comme des membres du parti communiste des Philippines et de la Nouvelle Armée du Peuple (groupe rebelle). Réalisée par les militaires, cette propagande était une brèche dans les droits démocratiques. La population rurale défendait ses droits constitutionnels – rien de plus, rien de moins. Dans un acte anticonstitutionnel, les militaires ont tenté de faire barrage aux libertés civiles.
Aux alentours de la mobilisation d’octobre, les militaires ont intensifié leurs opérations dans les terres intérieures d’Himamaylan et de Sipalay, dans le Sud de Negros. Plusieurs communautés partenaires de PDG ont été très affectées. De nouveau, des gens ont du fuir de chez eux. Capturés et détenus par les militaires, certains habitants, dont des mineurs, ont été torturés. D’autres se sont échappés pour se cacher dans la forêt. Certains d’entre eux ont trouvé refuge chez PDG, notamment 2 familles qui étaient là lors de notre arrivée et vivaient à nos côtés.
Depuis lors, deux fédérations membres du réseau partenaire de PDG ont adopté ces deux familles de réfugiés. Habitant des maisons simples en bambou, ils sont maintenant intégrés dans la vie de la communauté. Ils travaillent dans les fermes communautaires de PDG en attendant le temps où ils pourront retourner dans leur village. Cependant, ces villages sont justement situés dans des zones couvertes par des applications minières. Il est possible que le scénario d’intimidation dans la région d’Himamaylan ne soit qu’une manière de décourager la population, afin de laisser le champ libre aux opérations minières…
Pour plus d’informations, un texte de PDG (dont ce message est inspiré) déposé sur le site Internet d’Autre Terre fait le point sur la situation aux Philippines fin 2009 : http://www.autreterre.org/Uploads/News/Files/lettre_decembre_2009.pdf
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